Le
fascisme a toujours commencé par pourrir la vie des minorités, des
« parias », des étrangers, des boucs-émissaires du moment pour finir
par broyer la population dans son ensemble. Quand la plupart des gens
finissent par s’en apercevoir, c’est souvent trop tard pour réagir : la
peur, brute, gouverne.
Comme dit souvent Maurice Rajsfus dans ses articles pertinents qu’il publie régulièrement dans Le Monde libertaire,
« il ne s’agit pas ici de faire d’amalgame », et, dirais-je, ce n’est
pas parce que UMP peut vouloir dire « Un Maréchal Pétain » que ce parti
est ouvertement fasciste. Il n’empêche, il a de larges relents
extrêmement droitiers – dont le ministère de « l’Identité nationale »
est le symbole le plus nauséeux – et recycle allègrement certaines
pratiques qu’un Le Pen ne renierait pas. Par exemple, le fait
d’inverser la charge de la preuve et de systématiquement considérer les
personnes-cibles comme des coupables (l’étranger - pauvre - n’a pas de
papiers ou a de faux papiers, le chômeur ne cherche pas de travail, le
salarié en maladie embrouille la sécu) faute de preuves du contraire,
n’est-ce pas une preuve, justement, de dérive totalitaire ? C’est même
une définition possible d’un régime dictatorial !
À quand le port du bracelet électronique systématiquement « proposé » à tout demandeur de visa issu d’un pays du tiers-monde ?
Avant tout le monde ?
Parce qu’il est complet sur ce projet d’amendement des
plus honteux, débecquetants, méprisables et gerbants, nous reprenons
ci-dessous de larges parts d’un article du journal Le Monde. Il n’y a rien à y rajouter, si ce n’est, face
au cauchemar que l’UMP met en place jour après jour : luttons,
résistons et désobéissons aux lois inhumaines et iniques, soutenons les
étrangers. Luttes, résistances et solidarités !
Des tests génétiques pour le regroupement familial
par Anne Chemin et Laetitia Van Eeckhout, Le Monde, 14/9/2007
Les députés ont franchi un pas, mercredi 12 septembre,
dans la gestion de l’immigration : la commission des lois de
l’Assemblée nationale a adopté un amendement autorisant le recours aux
tests ADN lors de la délivrance des visas de plus de trois mois. “En cas de doute sérieux sur l’authenticité de l’acte d’état civil”, les agents diplomatiques ou consulaires pourront “proposer” au demandeur d’un visa “d’exercer,
à ses frais, la faculté de solliciter la comparaison de ses empreintes
génétiques aux fins de vérification d’une filiation biologique déclarée”.
Si cet amendement était retenu, la pratique des tests ADN pourrait
devenir massive : les procédures de regroupement familial impliquant
des enfants concernent 23 000 demandes par an.
Au nom de l’éthique, les tests génétiques de filiation
sont strictement encadrés par la loi : en vertu de l’article 16 du code
civil, “l’étude génétique des caractéristiques d’une
personne ne peut être entreprise qu’à des fins médicales ou de
recherche scientifique”. Les procédures de regroupement familial ne répondent pas à ces critères prévus par la loi “relative au respect du corps humain”.
L’auteur de l’amendement contesté, le député (UMP) du Vaucluse Thierry
Mariani, a prévu que les nouvelles dispositions sur l’immigration
interviendraient “par dérogation” à l’article 16 du code civil. Pour le député, ces tests “sûrs et rapides” permettront de répondre à la “fraude documentaire”.
Pour s’efforcer de démontrer l’importance de cette fraude, M. Mariani
s’est appuyé sur un rapport du sénateur (UMP) de la Haute-Loire, Adrien
Gouteyron.
Dans une étude rendue au mois de juin, le sénateur
(UMP) Adrien Gouteyron avait mis en doute l’authenticité des actes
officiels d’état civil fournis par les familles sollicitant des
demandes de regroupement familial. Selon M. Gouteyron, “dans
certains pays, comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, les deux Congo, le
Togo, Madagascar ou les Comores, de 30 % à 80 % des actes d’états
civils sont frauduleux”.
[...]
Cet amendement pose [...] beaucoup de questions. En
Europe, comme dans tous les pays du monde, les filiations juridiques ne
correspondent pas toujours aux filiations biologiques : depuis une
vingtaine d’années, les avancées de la génétique ont permis de
démontrer que les enfants illégitimes sont beaucoup plus nombreux que
l’on ne l’imaginait. Selon la revue scientifique The Lancet, au moins 2,7 % des déclarations de naissance seraient “fausses”
au sens où elles ne correspondent pas aux parents biologiques. Les
chercheurs qui étudient la transmission des maladies génétiques sur
plusieurs générations disent écarter 5 % voire 10 % de leurs
échantillons en raison des discordances de filiation. Ces incertitudes
sur les filiations sont si fortes qu’en France, la pratique ouverte des
tests ADN est formellement interdite : le recours aux empreintes
génétiques ne peut être ordonné que par un magistrat, dans le cadre
d’une procédure touchant aux liens de filiation. En cas d’infraction,
la loi bioéthique de 2004 prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et
15 000 euros d’amende. Les Français qui souhaitent vérifier leur
paternité sont donc obligés de s’adresser clandestinement, via
Internet, à des laboratoires étrangers situés dans des pays où la loi
est plus clémente, comme la Suisse, la Belgique ou l’Espagne.
Si les procédures de visa comprennent des tests
génétiques, certains pays du Sud auront probablement du mal à assurer
la disponibilité des tests. La plupart des laboratoires sont situés en
Europe, aux Etats-Unis et au Canada et ils imposent des conditions de
prélèvement complexes : les fragments corporels – cheveux, frottis
buccaux – doivent être prélevés avec du matériel stérile avant d’être
envoyés par La Poste. Les tarifs de ces laboratoires sont en outre très
élevés : actuellement, ce type d’analyse coûte de 200 à 600 euros.
Dans son amendement, le député Thierry Mariani a pris
garde de ne pas faire du test ADN une obligation : les autorités
consulaires ou diplomatiques pourront simplement le proposer aux
candidats. Mais les demandes de regroupement familial sont déjà si
difficiles que les associations craignent qu’un refus de prélèvement
entraîne un rejet de la demande. “On aperçoit clairement les risques de dérives, explique la juriste Danièle Lochak, ancienne présidente du Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI). Il
est évident que le demandeur qui le refusera aura toutes les chances de
se voir refuser son visa. Et demain, des voix s’élèveront pour imposer
ces tests aux étrangers qui se disent parents d’enfants français.”
[...]
souce: FA Toulon