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Mai 68 a t il débuté à Caen au mois de janvier?

Par facaen :: 01/02/2008 à 16:48
Mai 68 a t il débuté à Caen au mois de janvier?

Article du journal de lutte de Caen Racailles

Mai 68 a t il débuté à Caen?

On entend, ici ou là, que mai 68 a débuté à Caen au mois de janvier. Cette assertion est souvent répétée par de vieux militants. Quand est-t-il vraiment? Racailles s’est penché sur le sujet à l’occasion des 40 ans de la manifestation du 26 janvier 1968. Qu’entend on par mai 68? Le mouvement étudiant? Le mouvement social des 9 millions de grévistes? La jonction des étudiants et des ouvriers? Les événements parisiens? Dans tous les cas, des événements similaires à ceux qui se déroulent au mois de mai se sont produits en janvier à Caen.

Premier acte. Alain Peyrefitte, alors ministre de l’Education Nationale, est annoncé pour les 18 et 19 janvier à Caen pour, notamment, inaugurer le bâtiment des Lettres qui vient d’être ouvert. Dès l’annonce de sa venue, les étudiants s’organisent pour le recevoir « à la mode de Caen ». L’AGEC-UNEF(1) appelle à manifester car, selon elle, Peyrefitte « n’a pas jugé bon de rencontrer les étudiants et lycéens qui ont pourtant de nombreux problèmes à lui soumettre ». La corpo de sciences ainsi que celle de médecine (en réaction à une réforme des études médicales) appellent aussi à la grève le jour de la venue. Ce 18 janvier, le bâtiment Lettres est bien gardé par la police ainsi que les accès de l’université. Les invités sont triés sur le volet, les étudiants sont exclus. Ces derniers sont environ 1 500 à se rassembler sous la pluie dans la cour d’honneur du campus. Des banderoles sont déployées, des slogans hostiles au ministre sont scandés : « «Peyrefitte démission », « des amphis, pas de canons », « des profs, pas des flics » et « non à la sélection ». Des oeufs sont lancés en direction des forces de l’ordre qui ne réagissent pas. Une pierre blesse à l’oreille un policier. Les forces de l’ordre font une « poussée » sur les manifestants. Ensuite, l’AGEC-UNEF décide d’aller défiler en centre ville. Une partie des étudiants les suivent mais une autre partie décide de rester sur les pelouses. Ces 150 à 200 personnes qui font face au service d’ordre profitent du passage d’un camion de charbon pour se saisir de boulet. Ils les lancent ensuite sur les policiers. Ces derniers répondent par des grenades lacrymogènes, les étudiants se réfugient dans la cour d’honneur. Le recteur de l’académie, Martin, sort pour essayer de calmer les esprits. Finalement, une délégation du SNESUP et de l’AGEC est reçue par l’équipe ministérielle. Dehors, le face à face entre les 300 étudiants et les forces de l’ordre se terminent vers 22h, au moment où le ministre quitte le bâtiment. Les étudiants ont été déçus par le ministre qui a notamment refusé le droit de visite dans les pavillons des filles des cités U.

En même temps que cette contestation estudiantine, l’activité sociale caennaise se déplace vers les grandes usines de l’agglomération. Tout débute à la SAVIEM (devenue RVI) à Blainville sur Orne. Après avoir déposé une pétition de 3 000 signatures à leur direction demandant une augmentation de salaires de 6%, la reconnaissance des droits syndicaux et la création d’un fond de garantie de ressources en cas de réduction d’horaire, et devant le refus de celle-ci de négocier, les organisations syndicales organisent un grand meeting le jeudi 18 janvier devant les portes de l’usine. Près de 1 500 ouvriers prennent part au rassemblement et décident à une large majorité une grève illimitée à partir du mardi suivant jusqu’à satisfaction des revendications exprimées dans la pétition. Le vendredi 19 janvier, des débrayages ont lieu dans deux autres usines : Jaeger (600 ouvriers) et à la Sonormel (400 ouvriers). Dans le cas de Jaeger, il s’agit aussi d’une demande d’augmentation des salaires de 4%. A la Sonormel, la direction n’accorde qu’une augmentation de 2% alors qu’elle avait signé l’année précédente un accord qui donnait 3% d’augmentation.

Le mardi 23 janvier, un meeting est organisé à 8h du matin pour la mise en place effective de la grève votée le vendredi précédent. Il est massif et les piquets de grève sont dressés aux portes de l’usine. Il est évoqué pour la première fois une marche sur Caen. Une manifestation rassemble 1 500 personnes qui vont porter les revendications à la direction du travail. Le mercredi 24, aux alentours de 3h45 du matin(2), le préfet de région fait intervenir les gendarmes mobiles pour dégager les piquets de grève. Les ouvriers arrivent peu à peu à partir de 7h, les nombreux grévistes apprennent ce qui s’est passé quelques heures avant leur arrivée. Excédés, ils décident d’aller demander des comptes au préfet et de marcher sur Caen. Les autorités prennent peur et un escadron de gendarmes mobiles est placé au niveau de l’hôpital Clémenceau sur la route de Ouistreham. Les plus jeunes grévistes, souvent des OS (Ouvrier Spécialisé) venus des campagnes environnantes ; Jean Lacouture utilisera d’ailleurs le terme de « jacquerie ouvrière » pour décrire ces événements, sont en première ligne. Ils sortent des boulons de leur poche et commencent à les lancer sur les forces de l’ordre. Ces derniers répliquent violemment, il y a une dizaine de blessés côté manifestant. Les grévistes sont très énervés contre l’autoritarisme du préfet mais aussi contre la direction de l’usine qui a fait la demande au préfet d’enlever les piquets de grève. Il y a vraiment un sentiment d’injustice chez les ouvriers car, quelques semaines auparavant, des agriculteurs avaient défilé violemment dans Caen (des vitres de la préfecture avaient été brisé) sans que la police soit envoyée. Du coup, les syndicats et des partis de gauche appellent à une manifestation le vendredi 26 pour défendre la liberté de manifester et protester contre la répression. Le jour venu, plusieurs usines se mettent en grève (Jaeger et Sonormel), des débrayages ont lieu dans des entreprises. A 18h30, près de 7 000 personnes se massent place Saint Pierre à l’appel de la CGT, de la CFDT et de FO soutenues par la FEN et l’UNEF. Tout la journée, le préfet a fait pression sur les organisateurs afin qu’aucun débordement n’ait lieu. Des renforts de police sont arrivés sur Caen, la préfecture est barricadée par une système de barrières. Après les prises de parole, les manifestants défilent dans les rues de Caen au cri de « Oui au respect des droits syndicaux, oui à l’augmentation des salaires ». Le défilé se passe sans problème jusqu’aux abords de la préfecture. La tête de cortège passe sans problème rue Lebret (entre la Poste et le tribunal d’instance) mais cela se passe différemment pour la queue de cortège. Elle est essentiellement composée d’OS et de quelques étudiants. Malgré l’intervention, parfois énergique du service d’ordre syndical, ces jeunes ont envie d’en découdre avec les forces de l’ordre. Certains ont des barres de fer, la plupart ont les poches remplies de projectiles. Les barrières qui barrent la rue Auber (qui mène à la préfecture) sont enlevées par des manifestants. La réaction préfectorale est immédiate : des grenades lacrymogènes sont envoyées en grand nombre sur les manifestants. L’air devient irrespirable autour de la préfecture, les spectateurs du théâtre municipal sont obligés de sortir car le système d’aération a été contaminé! Les affrontements sont violents entre jeunes grévistes et forces de l’ordre. Des renforts de CRS arrivent vers 2h du matin, les affrontements reprennent du plus bel. Des vitrines, des poteaux de signalisations sont détruits, la chambre de commerce est attaquée. On signale un camion de pneus enflammé. Les derniers affrontements se terminent vers 5h du matin. On compte alors 36 hospitalisations côté manifestant (200 blessés au total), 85 interpellations. 13 manifestants sont jugés en procédure de flagrant délit et deux sont condamnés à deux mois de prison ferme. Durant le week-end, la solidarité s’organise, de nombreuses quêtes sont effectuées, les étudiants y participent activement.

Dans la nuit du dimanche 28 au lundi 29 janvier, des CRS arrivent aux abordes de l’usine SAVIE Il y a encore des grévistes qui tiennent les piquets de grève. Les voyant arriver, ils décident de ne pas réagir. De plus, ils sont en infériorité numérique. Les CRS démontent les piquets de grève pendant que certains grévistes jouent aux cartes sur un poteau de signalisation. A 1h du matin, le directeur de l’usine entre. A 1h40, 25 camions de CRS entrent à leur tour dans l’usine. Des gendarmes mobiles prennent position autour de l’usine. Au petit matin, les ouvriers qui arrivent devant les portes sont surpris de ce déploiement de force(3). Les non-grévistes peuvent rentrer dans l’usine sous la protection de la police, la reprise n’est que très partielle. A 8h du matin, un meeting est organisé au stade de Colombelles pour faire le point sur la situation. En solidarité avec les ouvriers de la SAVIEM, une grève de 24h est déclenchée à la SMN pour le mardi 30. Des négociations sont toujours en cours entre direction et syndicat. Le mardi 30, ils sont encore plusieurs milliers au meeting devant les portes de l’usine même si la tendance est quand même à la reprise du travail. De nouvelles grèves sont déclenchées dans l’agglomération : Radiotechnique, Moulinex (où aucune section syndicale n’existe!). Après le meeting, une marche sur Caen est organisée, afin de ne pas s’affronter directement avec les forces de l’ordre, les organisateurs décident de passer par des petits chemins. Arrivés à la demi-lune, les manifestants sont invités à prendre la route de Cabourg pour rejoindre la SMN. Quelques uns veulent continuer en ville mais les responsables syndicaux les dissuadent. Le mercredi 31 janvier, une délégation de syndicalistes est reçue au siège de la SAVIEM à Suresnes en banlieue parisienne puis au ministère du travail. Ces négociations ne donnent rien. Celles engagées à Jaeger et la Sonormel sont un échec. Le meeting du jeudi matin ne rassemble que 500 personnes devant la SAVIE Le lendemain, ils sont guère plus d’un millier et votent la continuation du mouvement par 502 pour contre 272. Mais les organisations syndicales estiment que la participation est trop faible au vu du nombre de salariés de l’usine. Ils décident de suspendre le mouvement en appelant à utiliser d’autres formes pour faire aboutir les revendications. Le samedi 2 février, les négociations échouent une énième fois sur les salaires mais les syndicats obtiennent qu’aucune sanction soit prise envers les grévistes. Par contre, à Jaeger, les négociations aboutissent au 4% d’augmentation de salaires demandées. Le 6 février, un accord est trouvé entre syndicat et direction de la Sonormel, le travail reprend.

Le combat sous d’autres formes? Malgré la fin de la grève à la SAVIEM, des débrayages ont souvent lieu dans l’usine. Ils sont souvent l’oeuvre d’inorganisés, soutenus le plus souvent par la CFDT (les autres syndicats l’accusent d’en être l’initiatrice). Des défilés sont aussi organisés dans les ateliers. Après un nouvel échec des négociations, un piquet de grève est installé le mardi 13 février à l’initiative de la CFDT. Les grévistes sont les plus jeunes ouvriers. Ils s’opposent, parfois violemment, à l’entrée des non grévistes. Cette action brise le front syndical et entraîne, de fait, la fin du mouvement. D’autant plus que la semaine suivante, la direction met à pied une vingtaines des grévistes les plus en vue (dont 5 de la CFDT).

L’avant mai Après ce conflit caennais, d’autres conflits explosent dans le département : les bennes Marrel à Blainville (11 jours de grève pour des revendications salariales qui se terminent par un échec), plusieurs entreprises à Honfleur en mars (Cédric Leroy parle de « la grève générale de Honfleur »), une grève de 3 semaines dans les imprimeries caennaises au mois d’avril. Au total, 61 365 heures de grève ont eu lieu de janvier à mai 1968 dans le Calvados, soit autant que les deux années précédentes.

1. Association Générale des Etudiants de Caen, affiliée à l’UNEF 2. Cedric Leroy, 1968-1979 La décennie des grèves ouvrières, mémoire de maîtrise, page 43 3. On estime à 2 000 le nombre de CRS et gendarmes mobiles présents dans et autour de l’usine ce jour là

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