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Allemagne : L’antifascisme n’est pas un crime !

Par facaen :: 11/02/2008 à 22:46
                        

Christian S, un militant antifasciste berlinois est incarcéré depuis le 14 juin 2007 et a écopé d’une peine de prison ferme de 3 ans et dix mois pour avoir tenté d’incendier une voiture destinée à faire une barricade pour arrêter un défilé de militants néo-nazis le 1er mai 2004 à Berlin. Cet article retrace son parcours ainsi que l’acharnement policier dont il fait l’objet.

Les démêlés de Christian avec la justice ne commencent pas en 2004. En effet, en mars 2000, lors d’une contre-manifestation antifasciste à Berlin Christian est arrêté et accusé d’avoir lancé une pierre en direction du cortège nazi. Il est condamné à une peine de dix mois de prison avec sursis, applicable à tout moment, s’il a de nouveau à faire à la justice. Le 1er mai 2004, à Berlin, Christian est arrêté à la suite d’une contre-manifestation antifasciste qui tentait d’empêcher les nazis de défiler. Il est accusé d’avoir tenté d’incendier une voiture destinée à faire une barricade. Pour cela il passera six mois en préventive. Le 28 octobre, à la suite d’une erreur de procédure, le procureur se voit obligé de libérer Christian. Pour autant il devra se présenter devant la police deux fois par semaine. Cependant, le procès relatif à cette affaire continue.

Le 16 décembre 2004 la justice rend son verdict ; Christian est condamné à 3 ans et dix mois de prison ferme pour avoir endommagé une voiture ! Le militant antifasciste fait appel de ce jugement et reste en liberté à ce titre.

13 février 2005, 8000 nazis venus de toute l’Allemagne défilent à Dresde pour commémorer ce qu’ils appellent « l’holocauste par les bombes ». Il s’agit en fait du bombardement de la ville de Dresde par les forces alliées le 13 février 1945. Face au négationnisme et au révisionnisme des nazis, les antifascistes lancent une contre-mobilisation. Christian et Leïla, sa compagne, se joignent à la contre-manifestation antifasciste, mais sont violemment arrêtés par des policiers berlinois en civil. Christian est accusé d’avoir lancé une bouteille et Leïla l’aurait aidé à exécuter ce geste… Emmenée au poste de police, Leïla est fouillée et les policiers trouvent sur elle une matraque téléscopique. Elle reste un jour en garde à vue, sans être autorisée à prévenir un avocat ou encore ses proches, ce qui est pourtant la « règle » en cas d’arrestation en Allemagne.

Christian, quant à lui, est incarcéré à Dresde, avant qu’il ne soit transféré a Moabit, une prison de Berlin où il passera onze mois en détention préventive. Atteint d’une hépatite C, ses conditions de détention sont particulièrement difficiles, d’autant plus qu’il ne reçoit pas son traitement en prison ! Sa compagne, Leïla, ne peut lui rendre visite en prison, car elle est soi- disant sa « complice ». Durant la détention provisoire, le comité de solidarité, l’avocate de Christian, ainsi que sa compagne ont dû se battre pour qu’il bénéficie de son traitement. Grâce à leur efforts, ils ont réussi à alerter le « Comité pour la démocratie et les droits fondamentaux » et la chambre des médecins allemande, qui ont ouvert une enquête. Cela a même déclenché un scandale, car fut mis à jour un trafic de médicaments, qui impliquait le personnel dans les prisons !

Le procès : une mascarade

Les accusations contre les deux militants antifascistes reposaient sur la déclaration de deux policiers. Le premier policier affirme avoir vu Christian lancer une bouteille à 16h00 précise, quant au deuxième il a déclaré avoir été informé par son collègue que Christian était un élément violent. Il affirme également avoir filmé Christian pendant quarante-cinq minutes, où on peut le voir lancer la bouteille. Manque de bol, ce bon fonctionnaire assermenté a reçu l’ordre du procureur de Dresde d’effacer la quasi-totalité de la vidéo et de ne proposer au tribunal qu’une vingtaine de secondes durant lesquelles on peut seulement voir les deux antifascistes regarder passer les nazillons. Bizarrement, le film est coupé de 15h58 à 16h01, or le premier policier affirmait justement que le délit avait été commis à 16h00 pile !

Autre chose étrange dans ce procès, le Ministère de l’Intérieur stipulait qu’il fallait que les policiers gardent leur anonymat pour des raisons de sécurité. Ils sont donc venus au procès avec perruques et fausses barbes et pas de nom bien sûr, mais avec des numéros. Outre le fait que leur témoignage était vaseux et qu’ils avaient des trous de mémoire, le Ministère de l’Intérieur leur a octroyé le droit de ne pas avoir à répondre aux questions des avocats de la défense ou même d’aborder certains thèmes. Pourtant, à l’issue de cette justice politique, les deux militants seront condamnés.

Une justice de classe Pour l’affaire de Dresde, Leïla est condamnée à sept mois de prison avec sursis (applicable pendant deux ans). Cette peine est particulièrement lourde pour quelqu’un qui n’a aucun antécédent judiciaire ; la militante fait appel.

C’est le système qui est criminel, pas la résistance ! Pour Christian, les choses se compliquent, il est condamné à un an de prison ferme pour l’affaire de Dresde, mais c’est alors que la justice lui propose un marché - si on peut appeler ça comme ça, tant cela s’apparente à de la pression et a du cynisme. On lui propose alors de sortir de taule le jour même s’il renonce à faire appel du jugement relatif à l’affaire du 1er mai 2004. Cela présuppose que Christian doit retourner à un moment donné en prison, car en suspendant son appel, la peine de trois ans et dix mois ferme devient de nouveau effective à un certain moment. Christian, dont la santé s’est beaucoup dégradée et qui ne reçoit toujours pas ses médicament pour soigner son hépatite C, accepte finalement ce « marché » et retire l’appel du jugement de mai 2004. Christian est enfin libre et peu commencer une thérapie. Mais tout deux, Leïla et Christian, font appel du jugement concernant l’affaire de Dresde de 2005, car le procès était une véritable farce.

LKA 64, une police politique Le 8 avril 2007, Christian est arrêté en compagnie d’une camarade Andrea N. [1] pour collage d’affiche. Les policiers dressent un procès verbal, mais relâchent immédiatement les militants. Le procès verbal sera transmis aux différents services de police berlinois, dont le LKA 64 (Landeskriminalamt 64, département des délits politiques de la police criminelle). Lorsque le LKA a appris que Christian s’était fait arrêter pour affichage, il a tout fait pour inciter M. Glietsch, le président de la police ainsi que M. Körting, le supérieur du président de la police (dont il y avait une photo sur l’affiche) à porter plainte pour diffamation. Suite au zèle du LKA 64 une plainte est déposée et le procès est fixé au 20 décembre de la même année.

Le 27 mai 2007, nouvelle arrestation : Christian est arrêté avec d’autres personnes près du Köpi, un des grands squats berlinois. Il est encore une fois arrêté par des policiers en civil du LKA 64 aux alentours du Köpi. Ces derniers l’accusent d’avoir mis le feu à une voiture deux heures plus tôt. L’accusation est tout bonnement ridicule. Par contre, ce qui est intéressant de remarquer c’est que Christian s’est fait arrêter à chaque fois par des policiers du LKA 64, le 1er mai 2004, le 13 février 2005 et que c’est encore cette police politique qui a fait des pieds et des mains pour que des plaintes soient déposées pour l’affichage.

Retour en prison et menaces fascistes Le 14 juin 2007, Christian retourne en prison à Hakenfeld pour purger sa peine de trois ans et dix mois, relative à la condamnation du 1er mai 2004. En juillet, une demande d’amnistie est adressée à la garde des Sceaux. Le 20 juillet, Christian est transféré de Hakenfeld à Tegel sans que l’administration pénitentiaire ne juge nécessaire d’en informer son avocate, ni sa compagne qui est devenue son épouse.

A Tegel, Christian doit faire face aux menaces des militants nazis. En effet, un nazi détenu à Hakenfeld a réussi à faire passer le message vers ses camarades à l’extérieur que le militant antifasciste était transféré à Tegel. Ces derniers ont du coup publié des messages sur le site « Indymedia » où ils conseillent à Christian de se suicider pour moins souffrir. En effet, d’autres nazis, détenus à Tegel, se feraient un plaisir de l’agresser.

En décembre, Leïla rencontre des difficultés pour pouvoir rendre visite à Christian à Tegel. Elle est même interdite de visite pour un soi-disant refus d’obtempérer, pour une durée de trois mois. Décidément, l’administration pénitentiaire fait tout pour casser moralement les militants antifascistes.

Acquitté pour l’affaire de Dresde et pour l’affaire de l’affichage Le 21 décembre 2007, Christian est acquitté lors du procès en appel pour l’affaire de Dresde. Par contre, sa soi-disant « complice » Leïla est condamnée à 90 jours d’emprisonnement, qu’elle évite finalement en payant pour chaque jour d’emprisonnement 20€, soit la modique somme de 1800€. De plus, on peut se demander comment Leïla a pu être condamnée pour avoir aidé Christian à lancer une bouteille, alors que ce dernier est acquitté ! Mais bon, on n’est plus à ça près !

Avec l’acquittement pour l’affaire de Dresde, le « marché » proposé à Christian (renoncer à son appel du jugement pour le 1er mai 2004) apparaît de plus en plus scandaleux. Suite aux efforts de son avocate, le juge et le procureur, qui avaient proposés ce « marché », se voient obligés de rendre des comptes à leur hiérarchie, le « Landesgericht » qui pour autant n’y retrouve rien à redire. En réaction, l’avocate de Christian dépose une nouvelle plainte auprès du « Bundesgericht » (instance supérieure du « Landgericht ») et lance une procédure auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Fin octobre, la demande d’amnistie déposée auprès de la Garde des Sceaux est rejetée sans explications...

Le 20 novembre 2007, Christian, ainsi que sa camarade Andrea N. sont tous les deux acquittés lors du procès relatif à l’affichage.

Pourtant Christian est toujours derrière les barreau Récapitulons, dans deux des trois procès qui ont suivis la condamnation du 1er mai 2004, Christian a été relaxé. A chaque fois, ces procès étaient le fait d’accusations portées par les policiers du LKA 64, qui semblent être très doués pour inventer des scénarios permettant de traîner les antifascistes devant les tribunaux et de les foutre en taule. Pour l’instant, il ne reste plus que l’affaire du Köpi, dont le dossier traîne comme par hasard depuis 6 mois. En effet, Christian ne pourra pas faire de demande de libération conditionnelle, tant qu’il y a une autre affaire en cours.

Le 17 décembre, six mois après le début de son emprisonnement, Christian reçoit enfin son plan d’incarcération, qui est une espèce d’évaluation « psychologique » du détenu. Dans ce rapport sont notamment évoquées les raisons qui empêchent toute libération conditionnelle et une réduction de peine. Il y apparaît clairement que les raison de son incarcération sont dues à ses opinions politiques et à son engagement militant. Son entourage y est lui aussi criminalisé et c’est en fait tout le mouvement antifasciste qui est montré du doigt comme étant criminel.

Pour finir sur une note un peu positive : après trois mois d’interdiction de visite, Leïla, la femme de Christian, a enfin été autorisée à lui rendre visite le 19 décembre 2007 !

Liberté immédiate pour Christian !

Wir sind nicht alle, es fehlen die Gefangenen !

Olynx

(Fédération Anarchiste – groupe de Strasbourg)

[1] Andrea N. a été condamnée le 2 août 2007 à quatorze mois de prison ferme pour différentes affaires insignifiantes. Ces affaires ont été jugées ensemble, et la condamnation est extrêmement lourde. Andrea ne s’est pas rendue à la prison le 4 août 2007 comme la justice l’exigeait. Elle a finalement été arrêtée le 1er décembre 2007. Depuis elle est toujours en prison à Berlin.

> le site de soutien à Christian (en français) : http://www.conf-free-christian.info/

> le site du groupe de Strasbourg de la F.A. : http://fastrasbg.lautre.net/

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